[MAJ] La République Marchande de Caroggia / 512-521

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Modérateur : Guidrion

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Natanael
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dim. 20 juin 2021 13:25

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Chapitre 1 : La République des Compagnies

512-517



La prise en charge de Vasco li Amarrès

Le nouveau questeur au Trésor de la République rentre en fonction en 512 avec la volonté de se détacher de la politique de son prédécesseur. Il souhaite l’apaisement et la prospérité à Caroggia afin que les affaires et le commerce ne soient pas gênés.
En 515, il entreprend des négociations avec l’archipel d’Ocolide afin de ralentir le conflit, à défaut de pouvoir l’arrêter définitivement. Le tout se montre difficile, mais dès 516, il obtient l’aide de la Compagnie Li Volti, prestigieuse et riche, possédant jusqu’à 53 navires.

Le chef de cette dernière, Arno li Volti, réussit à s’allier secrètement avec Amarante Inviiseina, la dirigeante du port fortifié de Gastaphèdes, dans le but de lutter contre les écumeurs. Volti promet des milliers de pièces, et lui offre une opportunité massive permettant à Gastaphèdes de prendre le pas sur toutes les autres cités aux alentours. Amarante accepte et se lie d’amitié avec Volti, même si on soupçonne qu’il pourrait y avoir bien plus.

L’arrivée du nationalisme

Dans les années 510 et principalement avec la remise en forme du Royaume Central, un nationalisme s'accroît de plus en plus dans la République, avec la volonté d’avoir sa propre culture, détachée du Royaume. Amarrès appuie l’initiative qui devient populaire lors d’un discours de victoire après une grande défaite contre Fregus Mori et sa flotte, un pirate redouté d’Ocolide en 515.

Des lettrés et académistes travaillent sur la remise en valeur de la langue Caroggianne dans un but administratif, puisque les commerçants ne sont pas prêt à abandonner le capitalin qui favorise grandement les échanges. Ce n’est qu’à partir de 517 que le “Nouveau Caroggian” est popularisé seulement dans l’oligarchie, comme langage d’élite. La culture Caroggianne s’étend, avec l’intervention de mécènes qui veulent bâtir des opéras et des théâtres à l’étranger.

Amarrès, Volti et Inviiseina sont poussés à l’alliance par la montée en puissance de Fauxvelles à partir de 516. Amarrès craint l’hégémonie du monarque et cède en partie à la peur lorsqu’il constate un armement poussé de l’armée du Royaume.
C’est dans l’incertitude que le questeur entreprend l’envoie d’espions en 516, à la cour du Royaume Central afin de savoir si Fauxvelles prépare une attaque contre la République.

En août 517, la découverte et la mort de ces espions mettront dans l’embarras Amarrès qui ira jusqu’à nier son ordre d’envoi. Fauxvelles le prendra très mal et enverra les corps des espions à Caroggia pour y témoigner sa froideur. La peur pousse la République à tenter de se rapprocher de son allié, la Grande Huratelon, alors en pleine dissension.

Natanael
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mer. 7 juil. 2021 11:23

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Chapitre 2 : Les chaînes d’Ocolide

517-518


Les feux de Jable

En 517, diverses compagnies marchandes caroggiannes importent et exportent en masse, avec majoritaire celle de Di Volti, qui applique la politique du “poisson d’or”. Les Caroggians achètent des poissons une fortune pour faire entrer de l’argent à Gastaphedes pour financer la production et le renforcement de la ville.
La même année, Lamaille entre en négociation avec les compagnies pour des accords marchands. La République aide ainsi Lamaille à acquérir des navires de plus grande ampleur par des accords secrets, cela pour sécuriser et dominer les mers contre les écumeurs. Cette affaire, nommée “la vente du Meluzzio” déclenche une crise politique la même année à Caroggia.

En octobre 517, Jable s’organise pour lutter contre l’hégémonie Caroggianne dans un archipel qui n’est pas censé être le leur. Des combats maritimes font rage, de façon fourbe, pour piller et couler les navires des compagnies.
Début 518, la réponse arrive avec des combats acharnés entre la compagnie Di Volti, ses alliés de Lamaille et de Gastaphedes, contre Jable. En février 518, un siège est mis en place contre la ville qui finit par brûler en partie et perdre toute sa flotte.
Une telle opération militaire menée par Di Volti est remontée jusqu’aux oligarques qui s’inquiètent de l'impact diplomatique et des conflits qu’engagent ces riches à leur propre compte.

La fracture de l’oligarchie

En avril 518, fort de ses succès, Di Volti demande à devenir oligarque, ce qui divise considérablement l’oligarchie. Une partie a cédé à l’argent de ces bourgeois pour obtenir leur soutien, de l’autre côté, les plus conservateurs ne veulent pas de ces “nouveaux faux-aristocrates” dans leur rang. Le vote approchant, plusieurs troubles se font sentir à Caroggia et les regards se tournent vers Amarrès. Ce dernier, coincé et contraint à choisir, abandonne l’ancienne oligarchie pour se ranger du côté des Compagnies qui, à ce moment, possède une influence et un pouvoir majeur. Di Volti devient alors oligarque en mars 518 et la réponse sur Amarrès ne se fait pas attendre, puisqu’il subira une tentative d’assassinat dans son propre palais.

Alfonso di Retchi est premier suspect puisqu’il est depuis toujours, un conservateur acharné et déjà très fâché contre Amarrès, de part son manque de prise de position et son laxisme envers les compagnies. Il est arrêté en juin 518, puis relâché par manque de preuve. Son renvoi est inévitable et il est alors remplacé par Scensti Moreno.

Durant toute l’année 518, plusieurs bourgeois des compagnies arrivent à obtenir un siège dans l’oligarchie jusqu’à voir sur l’échiquier politique, deux parties, celui des conservateurs et celui des nouveaux riches. Pendant tout ce temps, les conservateurs gardent l’avantage dans les décisions, mais c’est à partir de 519 que la balance s’inverse.

Natanael
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mer. 18 août 2021 13:18

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Chapitre 3 : Une porte s’ouvre, une autre se ferme

519-520


Vers l’Est...

L’année 519 est marquée par davantage de dissension entre les compagnies, pour des raisons de profit, d’avarice et de cupidité. Les coups bas se font plus nombreux et les conservateurs n’hésitent pas à regarder du terrain. Cependant, un nouveau sujet fait surface, la découverte de nouvelles terres. Tous les espoirs se tournent vers l’Outre-Frontera, avec la volonté de traverser le désert.
Ainsi, plusieurs grands noms se réunissent pour écrire un plan sur trois ans, visant à tracer une route, nommée la “route de l’eau” qui traverserait l’Outre-Frontera et ravitaillerait les ouvriers au travail. Les fonds nécessaires pour une telle entreprise font peur à Amarrès qui met d’abord son véto. Néanmoins, lorsqu’une grande partie de l’aventure est financée par la bourgeoisie et les compagnies, Amarrès finit par valider en mars 519.
Trois mois plus tard, les investissements augmentent drastiquement lorsqu’une grande mine d’or a été découverte sur le territoire en cours de colonisation. Les oligarques se battent pour que les parts de chacun dans les investissements de base, rapportent beaucoup plus.

En août 519, une nouvelle bête est découverte, le chat de Frontera, un félin à crinière capable de tuer un homme avec agilité. Elle est exposée à Caroggia, fascinant l’aristocratie sur cette expédition qui devient à la mode.


Vers l’Ouest...

En octobre 519, un autre événement vient voler toute l’attention de Caroggia, à savoir la reprise de la guerre du Royaume Central contre Mesigios. Le même mois, l’armée capitaline fait face à Lampekastro et devant un siège qui risque de les anéantir, la Principauté de Ribada décide de se rendre. Elias Guillaumin est mis aux arrêts, renvoyé à la Capitale en attente de son procès.
En quelques jours, c’est au tour de Thorikos de subir les assauts, et lorsque la cité est prise, la plupart des réfugiés, dont le chef de Thorikos lui-même Néosim Alkiez, viennent s’abriter à Indubal, la colonie Caroggianne. La République s’annonce neutre dans ce conflit, même si cela n’empêche pas les forces capitalines de descendre jusqu’à la colonie. Une vive tension se fait présente et Amarrès lance des courriers à grandes allures pour ne pas déclencher la guerre.
Fauxvelle ordonne la remise de Neosim Alkiez et de ses proches, étant donné qu’ils sont considérés comme traîtres et rebelles. Les laisser à Indubal serait vu comme de la provocation par les Capitalins. Ainsi, Amarrès ordonne au gouverneur d’Indubal de les livrer vivants à Fauxvelle, ce qu’il fera à contre-cœur.

La remontée rapide de l’envahisseur empêche la République de faire des coups en douce. Les services d'espionnage n’ont pas le temps d’agir et en février 520, Branne tombe ainsi que Nikodème Makrolettis. Sa famille est mise en esclavage et il est ramené à la Capitale pour y être jugé et décapité publiquement. Caroggia voit alors le Royaume Central à ses portes, ce qui ne l’enchante absolument pas.

Natanael
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mer. 29 sept. 2021 20:39

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Chapitre 4 : La menace capitaline

520-521


Adagan le rebelle

En avril 520, devant le succès de l’expédition dans l’Outre-Frontera, Fauxvelle alloue énormément d’argent pour se lancer aussi dans la colonisation de ces lieux arides. La tension monte terriblement, étant donné que les compagnies sont hargneuses de l’entreprise de DeFauvelle et que les oligarques n’aiment pas les prétentions hégémoniques de leur voisin.
Le même mois, des entrevues sont engagées avec Svaty Huraslava afin de passer un nouvel accord, visant à renforcer les liens défensifs entre les deux nations.

Or, Amarrès voit le potentiel rebelle Cédric Adagan, retranché dans le Canatan, comme une possibilité d’approche contre Fauxvelle. De base, Amarrès avait accepté de financer secrètement Adagan depuis 517. Des armes et armures sont fournies, ainsi que de l’argent pour payer des mercenaires dans le combat.
Les compagnies s’en donnent à coeur joie et c’est notamment Di Volti qui va faire jouer son influence auprès de Lamaille et Gastaphède pour préparer une flotte “pirate” afin de gêner le trafic en mer Cyvalite.

Dans le même temps, Amarrès finance les derniers foyers rebelles de Mesigios, notamment celui de Branne qui se fera rayer en juillet 520.
Le mois d’avril 520 est celui de l’entrée en guerre de De Fauxvelles contre le Canatan, apprenant l'existence et l’armée d’Adagan sur place.
Le financement caroggian aura participé au désastre économique et militaire qu’à été la Campagne de Breithe, malgré la victoire capitaline en août 520.


Expédition maritime

Alors que toutes les têtes sont tournés sur le Royaume Central, une compagnie se montre pleine d’ambition, à savoir les Vilzi, qui souhaitent atteindre l’autre côté de l’Outre-Frontera par la mer. La demande est peu prise en considération, mais c’est la compagnie elle-même qui cherche et trouve les fonds pour se financer. Dès juin 521, les navires sont prêts à mettre les voiles. En juillet, le départ prend vie vers cette nouvelle aventure.

En parallèle, l’équilibre sur les mers est totalement bouleversé par la domination de la République de Caroggia. Leurs navires sont plus costauds, résistants et armés pour le combat et la protection des mers. Derrière, le Royaume Central tient tête mais les experts sont d’accord pour dire qu’un combat maritime entre les deux aurait de grande chance d’aboutir sur une victoire caroggianne.

Natanael
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mer. 29 sept. 2021 21:29

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Un navire à la coque incrustée de sel se traîne avec peine sur une mer tranquille. Le vent, paresseux, n’apporte aucune fraîcheur, et ne gonfle que difficilement les voiles de l’imposant vaisseau Caroggian. L’horizon est vide de terre, et le ciel vide de nuages. Sous un soleil de plomb, l’embarcation dérive plus qu’elle ne parvient à réellement maintenir un cap.

Des septs navires ayant quitté Caroggia, il n’en reste qu’un.

Il fait près de cinquante degrés. À bord, des hommes et des femmes se traînent. Leur visage est desséché, rongé par le sel. Ils ont à manger, mais leurs réserves d’eau sont épuisées, malgré toutes leurs prévisions, depuis longtemps. Sur le pont, l'astre impitoyable décape la chair qu’il brûle. Dans la cale, l’ombre cuit un air irrespirable qui ne circule pas. Sans vent, le navire et son équipage agonisent. Tranquillement. Lentement. Irrémédiablement.

Un jeune mousse, d’origine Qadjaride, la peau brûlée par le soleil, traîne le corps inanimé d’un matelot vaincu par les privations. Il ne reste qu’un tiers de l’équipage : à peine de quoi manœuvrer le navire. De toute façon, ils n’en n’ont plus la force. Et, tous le savent, d’ici quelques heures, il n’y aura plus personne à bord pour le manœuvrer du tout. Les dernières prières ont lieu en silence. Ils n’ont plus assez de salive pour parler.

Le Capitaine Adrìan Moretti, officier de la Marine Caroggiane, un chapeau à larges bords en piteux état sur le crâne pour tenter de se protéger du soleil, garde une main faible sur la barre du navire. Son manœuvrier est mort dans la nuit. Adrìan est assis sur un tabouret : ses dernières forces, il les utilise pour garder la tête haute - il se refuse à mourir en geignant. Mais ses paupières sont si lourdes sur ses yeux secs…

- N’peu d’rhum, capitaine ?

La voix rauque et tordue par la soif ramène Adrìan à lui, et à la sèche réalité. Il tourne son regard sur l’homme qui, le crâne dissimulé sous une chemise opaque pour affronter l’astre solaire, lui tend une bouteille sombre. Dans un sourire qui déchire une nouvelle fois ses lèvres craquelées, il saisit le précieux flacon, qu’il porte à sa bouche. Rien n’en coule. La bouteille est vide. Réprimant un gémissement de frustration, le capitaine tourne un œil morne vers son second qui le regarde avec un sourire idiot :

- Il est ‘core bolti, hein ? L’était caché dans l’cale ..!
- Rizzo… cette bouteille est vide.
- Ani ! Goûtez ‘core, vous verrez !


Adrìan rend sa bouteille à son second, qui s’éloigne, le pas chancelant. Son esprit s’évapore sous le feu du soleil.

Le Capitaine ferme les yeux. Quelle folie. Atteindre les hypothétiques terres du Sud, par-delà la mer de l’Abondance. À sept navires, ils se voyaient déjà revenir, leurs carnets de bords emplis de secrets, livrant à la République les accès vers ces terres inconnues aux richesses inexplorées. Folie… ces eaux étaient impossibles à naviguer. Des tempêtes d’une violence inégalée succèdent à des calmes d’huile où se diriger est pratiquement impossible. Des courants traîtres et des écueils indiscernables achèvent le reste. Et longer la côte… la côte qui n’est qu’un long, si long, désert. Sans vie. Sans eau. Du sable et du sel, sous un soleil cruel.

Adrìan a perdu de bons amis. À son bord, et à bord des autres navires. ll leur adresse une courte prière, afin que leurs âmes trouvent leur route vers la Réunification qu’il leur souhaite. Prier l’apaise. Il est prêt à Le rejoindre, lui aussi.

Ouvrant difficilement les yeux, il porte son regard trouble sur l’horizon. Impossible de dire où ils sont, avec tout ce qu’ils ont dérivé ces derniers jours. Son attention s’arrête sur une masse sombre, au loin… un autre mirage, un autre faux espoir, une autre île arrachée à son imagination.

La voix fluette et desséchée du mousse retentit :

- T… terre ! Il y a une terre ..! Capitaine ! Capitaine Moretti !

Adrìan passe une main brûlée sur ses yeux. L’île est toujours là. Les gémissements, à bord, se changent en suppliques d’espoir. Le Capitaine se hisse sur ses jambes. La tête lui tourne, mais son Second est là, et le soutient. Le cap est ajusté, plein Ouest, à la force de bras tremblants et abreuvés par un espoir qui ne suffit qu’à peine à compenser leur manque d’eau.

L’île grandit. De l’autre côté, le soleil se couche, n’en découpant qu’une silhouette sombre imposante. Les flots prennent la teinte des braises et du caramel.

- Voile à babord !

Adrìan porte son regard vers le Sud. Une embarcation en piteux état, à voile unique, se traîne vers l’île, elle aussi. Assemblée de bric et de broc, elle n’a d’embarcation que le nom.

Sur l’île sombre, où l’on commence à distinguer, difficilement avec le soir tombant, le pourtour d’une étrange végétation jaillissant des flots, des lueurs brillent. L’île est habitée. Un village de petite taille s’esquisse à l’approche de l’imposant navire Caroggian. Impossible d’y amarrer un vaisseau comme le leur. Ils jettent l’ancre à une cinquantaine de mètres de la côte. La petite embarcation à voile blanche est amarrée à quai, plus loin. L’équipage Caroggian se traîne vers son bastingage, mais déjà des chaloupes sont mises à l’eau, et, Adrìan Moretti à sa tête, les rescapés rament faiblement vers le port.

Installés à même le sol, on leur apporte à boire et à manger. Délivrance et gratitude. La mort ne prendra plus personne aujourd’hui. Adrìan garde contenance, laissant courir son regard sur les alentours. Sur l’autre quai, le petit navire débarque ses occupants, que les locaux nourrissent de la même manière. Le Caroggian porte son regard sur leurs sauveurs. Ici et là, quelques-uns d’entre eux portent des armes, surveillant le port, mais ils n’ont pas l’air hostiles. Leurs tenues sont sobres, portant parfois un drapé coloré. Mais ce qui frappe, ce sont leurs bras couverts de tatouages sombres. Certains regardent le navire Caroggian, murmurant entre eux.

Le capitaine, talonné par son second, interroge l’un des hommes aux bras tatoués venu apporter une pleine bassine d’eau :

- Vous parlez Capitalin ?
- Ji, messire.


Le second fait les gros yeux, grinçant à son supérieur, sans la moindre discrétion :

- On a dérivé sur Lig Ocolide, Capitaine !

L’homme répond alors, esquissant un bref sourire :

- Ce n’est pas Lig, ici. C’est chez nous.

Le second rétorque alors, suspicieux :

- Vous êtes des écumeurs ? Vous mangez les gens ?
- Na, nous n’écumons pas, et nous ne mangeons pas les gens,
répondit l’autre en haussant un sourcil surpris. Cela dit… c’est la première fois que nous voyons un navire comme le vôtre, dans ces eaux-là…

Le capitaine souffle du nez et, se réhaussant fermement sur ses deux jambes, commenta :

- Alors tu dois être jeune. Ce n’est pas la première fois que Caroggia vient dans cet archipel.

L’homme aux tatouages hausse un sourcil, demandant :

- Qui..? Vous ne venez pas de Kinarê ..?

Cette fois, c’est au capitaine, surpris, de répondre :

- Nous ne connaissons pas ce port - ou cette ville…

Leur hôte esquisse une moue perturbée, jetant un œil vers le port derrière lui, et le duo de gardes surveillant ce qu’il reste de l’équipage Caroggian, avant d’en revenir au capitaine.

- Pouvez-vous aller vous présenter ? On aura besoin de vos noms, comme les autres.
- Les autres ..?


Le capitaine, interloqué à cette appellation, avise l’autre équipage, en tout aussi piteux état que le leur, débarqué de leur minuscule embarcation de fortune. Ils sont dirigés le long de leur quai, vers le port. L’homme aux tatouages ne lui offre aucune réponse, et lui désigne simplement un genre d’échoppe marquée d’un œil, devant laquelle l’autre équipage fait désormais la file.

Laissant son second veiller sur les siens, Adrìan Moretti incita son mousse à l’accompagner, soutenant sa silhouette fatiguée sur celle du garçon, et se dirigea vers la file d’attente. Tout le monde est aligné, patientant son tour de passer devant un homme installé au comptoir du bâtiment, assez âgé, aux bras tatoués des poignets jusqu’aux épaules. La communication n’est pas toujours facile, semble-t-il. Les deux partis s'aident de leurs mains.

Patientant dans l’inattendue tiédeur du soir, Adrìan Moretti laisse couler son regard sur les silhouettes qui composent la file d’attente. Cette petite foule ne parle pas Capitalin du tout, et le capitaine n’a jamais vu pareils vêtements : des tenues blanches désormais crasseuses, parfois accompagnées de châles légers aux couleurs vives mais délavées. L’un d’entre eux est blessé à l’épaule, soutenu par les siens. Quelques enfants maigres se serrent contre les jambes de leurs parents. L’un des hommes, à l’arrière de la file, presse entre ses mains usées un pendentif gravé d’un œil.

Devant Adrìan, une femme au visage marqué par la fatigue se retourne en sa direction, et lui adresse une question dans une langue incompréhensible. Gêné, le capitaine Caroggian montre sa propre bouche, répondant vaguement :

- Je ne parle pas la langue.

À ses côtés, le jeune mousse se racle la gorge, et dit, d’un ton marqué par l’incertitude :

- Elle… elle vous demande si vous fuyez l’Impératrice, Capitaine...

Adrìan Moretti baisse le nez vers son mousse, laissant s’étaler un long silence, avant de demander :

- Comment sais-tu ce qu’elle a dit ..?