Hors RolePlay :
Une grande affiche, écrite à l'encre noire. L'écriture est bien faite, on peut constater que la calligraphie a été minutieuse et qu'il fallut du temps pour rédiger cette affiche.RolePlay :
Esperia,Je préface ce texte en vous indiquant que je ne suis pas là pour faire des joutes d’affiches avec qui que ce soit. Mon seul désir est que ce message atteigne le plus grand nombre. N’ayant pas le temps d’être toujours disponible pour chacun d’entre vous, je m’excuse de le faire par cette simple affiche.
Je suis arrivé ici il y a quelques semaines à peine, et ce que j’ai pu constater avec tristesse, je ne l’avais vu nulle part ailleurs.
Nous sommes entrés dans une période qui me rappelle la fin du Temps de la Loi, juste avant la Déchirure. Rappelez-vous que lorsque Arbitrio créa le monde, nous, les Hommes, avons commencé à forger des armes plutôt que des outils, et la loi comme le savoir furent mis au service de la colère et de la rage qui bouillonnaient en nous. N’est-ce pas ce qui nous arrive aujourd’hui ?
Nous répondons à la violence par la violence, qu’elle soit physique ou verbale. Croyons-nous sincèrement que cela renforce l’harmonie de notre communauté ? Nous élargissons ainsi des crevasses qui deviennent si larges et si profondes qu’ériger un pont pour réconcilier les deux rives devient de plus en plus difficile et dangereux. Le risque de perdre des âmes ou de voir des corps périr ne cesse de grandir à chaque acte de violence, d’un côté comme de l’autre.
Croyons-nous accomplir la volonté d’Arbitrio ? Pensons-nous suivre les Vérités révélées à Allistère ?
En quelques semaines, des personnes armées sont entrées dans la Maison de Charité, un moine phalangiste a été attaqué en son sein, une moniale a été blessée par des Vaahvas, un moine a tiré avec une arme létale de façon proactive sur ceux-ci blessant grièvement l’un d’eux, des croyants pensent pouvoir symboliquement défroquer un moine, des menaces sont proférées… et la liste continue.
Avons-nous conscience de cette spirale ? Ou la violence est-elle devenue si normale que nous ne la voyons plus ? Cela expliquerait pourquoi l’harmonie peine tant à exister sur cette île.
Je ne m’attarderai pas sur les fautes de chacun, car nous avons tous fauté. Mais notre orgueil semble parfois jeter un voile sur nos yeux, nous faisant croire que nous n’avons rien à nous reprocher.
À la place, je vous propose cette simple leçon, pour nous rappeler ensemble les fondamentaux dont nous avons besoin en cette période:
Peut-on rentrer armé dans la maison de charité ?
Non. La Maison de Charité est un lieu de paix, de prière et d’harmonie. Y introduire des armes, c’est y faire entrer le conflit lui-même. Cela trouble la sérénité du lieu et ne sert ni la communauté, ni l’Adaar. Les armes n’ont pas été voulues par Arbitrio, mais par les Hommes.
Un moine peut-il manipuler des armes ?
Non. Comme je l’ai dit plus haut, les armes sont une création de l’Homme, pour l’Homme, et non par Arbitrio pour l'Homme. Cela n’a jamais été voulu par notre Créateur, et c’est l’une des causes de la Déchirure du Dernier Temps. Lorsqu’Il organisa le monde, Il ne nous donna ni lance, ni bouclier, ni épée. Le simple fait d’en faire usage va contre Sa volonté, et c’est pour cela que, par essence, la violence est mal arbitrée.
Le principe de la bénédiction guerrière consiste à placer le protecteur en dehors de la communauté qu’il doit défendre. La violence, quel que soit son usage, reste mal arbitrée. Elle est devenue un mal nécessaire par notre propre faute, et tant qu’elle sera jugée nécessaire, Arbitrio ne reviendra pas.
Imaginez une grande salle où se trouve la communauté, avec les religieux au centre. À l’extérieur, devant chaque porte, se tiennent les protecteurs, garants de la sécurité. Même si la porte est entrouverte, comment être à la fois au centre, dans la prière, et dehors, dans la violence ? C’est impossible, à moins d’avoir des jambes de plusieurs mètres de long.
Les moines en armes constituent une contre-vérité. Ils sont une réponse née d’une période de guerre entre religieux. Si un arbre est pourri dans son essence et qu’il produit un fruit, allez-vous le manger ? Est-ce sage de choisir le fruit de l’arbre malade alors qu’un bel arbre sain se trouve juste à côté ?
Rien dans leur existence n’est directement lié à la volonté première d’Arbitrio. On peut être protecteur ou prédicateur, mais être les deux à la fois est dangereux et non souhaitable. Cela vaut autant pour les Munkstrid, les Quronites ou les Praes.
Est-ce que si l’on me frappe, je peux frapper en retour ?
Tout dépend si ma vie est réellement en danger. Si je suis sur le point de mourir sous les coups, j’ai le devoir de me défendre, car ne rien faire reviendrait à ne pas respecter ce corps qui est issu du cœur même d’Arbitrio.
Mais si quelqu’un me donne une gifle ou un simple coup, est-il sage de répondre à la violence par la violence ?
« C’est lui qui a commencé ! » — est-ce la plaidoirie que nous voulons présenter devant Arbitrio pour justifier notre propre violence ?
Celui qui frappe doit répondre devant la justice arbitrée, et non devant nos pulsions bestiales qui naissent de notre orgueil blessé.
Si je vois quelqu’un être frappé, que dois-je faire ?
Le défendre, bien entendu. On peut utiliser une force non violente pour s’interposer ou écarter l’agresseur de la victime. Mais ai-je le droit de lui asséner des coups à mon tour ? Non. Seul le protecteur est normalement habilité à le faire.
À moins que l’agresseur ne cesse pas sa violence, que la parole ne soit plus possible, qu’aucun protecteur ne soit présent et que la vie de l’agressé soit en danger immédiat : dans ce cas extrême seulement, on peut faire usage de la force violente. Mais il faudra ensuite venir voir les moines pour réparer ce que cette violence aura causé à notre âme.
Que faire face à des vaahvas violents ?
Jusqu’à preuve du contraire, nous ne sommes pas dans les Maahvitts. S’ils se montrent violents, et comme ils ne sont pas arbitrés, il y a peu de chance qu’ils comprennent autre chose que la force. Dans ce cas, nous, monachistes, avons le devoir de remonter ces actes aux protecteurs, et les protecteurs ont le devoir d’empêcher ces violences de continuer.
Cela signifie qu’il faut maintenir une plus grande présence pour repérer les actes violents, et défendre les innocents de façon réactive, et non proactive. Assumer qu’un Vaahva habitué à la violence va forcément attaquer, et donc frapper le premier par précaution, cela est mal arbitré.
Le protecteur monachiste répond à la violence par la violence, mais il répond seulement. Il n’initie pas le conflit, il ne continue pas la violence. Ce n’est pas lui qui porte le premier coup : il n’attaque pas, il défend.
Et la défense, c’est se placer en travers d’une attaque en cours. Si l’attaque n’a pas lieu, ce n’est plus de la défense. Si l’on n’a pas réussi à empêcher un coup, on n’a pas de raison de contre-attaquer. Un protecteur peut se mettre en garde ou en position défensive s’il pressent une attaque imminente, bien sûr. Un arbitré est non-violent, mais il n’est pas naïf.
Est-ce que j’ai le droit de considérer un moine comme défroqué ?
Non. Ce n’est pas une décision que nous, simples croyants, pouvons prendre. Même moi, en tant que moine, je n’ai pas autorité à prendre cette décision.
Cependant, chaque croyant peut avoir plus d’affinité avec un moine qu’avec un autre, et nous avons le droit de protester face à un enseignement qui nous semble contraire à celui du Monastère tel qu’il nous a été transmis sur le Continent. Les moines sont humains, eux aussi sensibles à la corruption du monde. Nous sommes tous faillibles, mais nous avons le devoir d’être un exemple.
Le défrocage est une sanction lourde et humiliante pour un moine. Le clamer haut et fort en public revient souvent à l’humilier, alors que nous lui devons, au minimum, considération et respect. Même si les actes commis peuvent justifier une telle sanction, celle-ci doit être décidée par un apothi.
Tâchons donc de faire preuve d’humilité plutôt que d’assumer un rôle pour lequel nous n’avons ni l’expérience ni les compétences.
Faites connaître votre protestation de façon pacifique : évitez les affiches, allez parler directement aux moines, soyez honnête et respectueux avec le frère concerné, ou écrivez-lui une lettre si c’est plus facile pour vous. Vous pouvez aussi simplement garder vos distances tout en continuant à suivre un autre moine en qui vous avez confiance.
Je tiens à le préciser : en tant que croyant, vous avez le droit de dire « Je pense qu’il devrait être défroqué » ou « Selon moi, il ne devrait plus être moine après cela ». C’est exprimer une opinion sincère. Mais comme il s’agit d’une sanction institutionnelle du Monastère, il est plus sage d’en parler directement avec ceux qui connaissent les lois internes.
J’ose humblement espérer que ces mots vous aideront à y voir plus clair et à agir avec plus de sagesse à l’avenir.
J'invite, avec tout mon cœur, les représentants de la cité, la dirigeante de la tribu Vaahva, la Pro-Abbus Dena et la moniale Outoa à se réunir afin de refermer ensemble cette crevasse qui s’élargit un peu plus chaque jour dans notre cité.
Enfin, je vous invite tous à réciter cette prière chaque jour devant votre autel ou l’autel des déracinés dans les jours qui viennent :
Arbitrio, je te consacre cette journée pleinement, que mes actes soient vides de violence, que la sagesse que Ton souffle a déposée en mon âme m’aide à ne pas succomber aux corruptions du monde. Que la rage qui bouillonne dans ma chair face à l’injustice s'atténue car si aujourd’hui je prends une arme, alors je me suis écarté du chemin que Tu as tracé.
Moine Niklas,
Serviteur indigne d’Arbitrio