Chronique du nain d’Esperia

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Cet écrit a été rédigé par Gauthier Duval, et se trouve sur la nouvelle Esperia.


Igor Clairval - Chronique du nain d’Esperia

Je n’ai pas connu Igor Clairval au sommet d’une réussite éclatante. Je l’ai connu au travail.

Avant Esperia, il était fermier. Il cultivait la terre aux côtés de son frère Virgile. Une vie sans faste, sans intrigue. Les mains dans la terre, le dos courbé, les saisons pour seule mesure du temps. Il n’en parle pas comme d’un âge d’or. Il en parle comme d’un fait. La terre nourrit celui qui s’en occupe et ignore celui qui la trahit.

Ce qui l’amena ici ne fut ni une quête ni une fuite. Il offrait ses services de serrurier. Il savait ouvrir les serrures, les réparer, en comprendre les mécanismes. Certains jugèrent qu’un homme capable d’ouvrir devait forcément savoir dérober. L’accusation de vol naquit sans preuve. La rumeur est un vent plus violent que la tempête. Elle balaie plus vite qu’un jugement et laisse derrière elle des vies déplacées.

Il protesta. Un garde voulut l’empoigner. Igor répondit d’un coup. Les fers furent plus rapides que la vérité.

Il arriva à Esperia autour du premier juillet. Enchaîné, mais encore debout.

Il fut l’esclave de Fardan et intégré à ce que l’on appelait la Clique. Il travailla. Il observa. Il comprit que la liberté n’est pas seulement l’absence de chaînes, mais la capacité de tenir malgré elles.

Sa libération survint après quelques mois. Il ne chercha pas à régler ses comptes avec le passé. Il chercha un travail pour marner.

Florian Rolland le prit comme ouvrier. Entre eux ne naquit pas une amitié bruyante, mais une confiance progressive. Florian voyait en lui une constance rare. Igor ne cherchait pas à impressionner. Il cherchait à faire correctement.

Vers octobre, il acheta le Gribouill’Anain. C’était sa première propriété. Modeste, mais acquise à la force du travail. Il n’en parla pas comme d’une victoire. Il en parla comme d’une responsabilité nouvelle.

Plus tard, Florian lui légua la Religieuse. Lorsque je lui demandai pourquoi lui, il répondit simplement qu’ils étaient proches. Il n’y eut pas d’explication compliquée. Certaines transmissions ne demandent pas de justification. Elles se construisent dans la durée.

Puis vinrent les Renoird.

Rosalie Valdelune le recommanda auprès d’Armand Renoird. Il fut convoqué à une réunion. On l’observa. On l’accepta. À cette époque, la famille comptait Armand, Rosalie, Ethane, Henrietta et Igor. Ils possédaient un manoir. Ils parlaient d’expansion. Un navire marchand devait relier Esperia aux autres cités. Un complexe devait s’élever au cœur de la ville. Ils avaient de l’ambition.

La famille fut dissoute par décision gouvernementale. Les legs laissés par Armand et Rosalie furent refusés. Les dettes, elles, demeurèrent. On estima qu’Igor pouvait encore les assumer.

Il les assuma.

Il ne cria pas à l’injustice. Il paya, pièce après pièce. L’ambition, me dit-il un jour, comporte toujours un risque. Ils savaient que des obstacles se dressaient déjà contre eux. La chute n’effaça pas ce qu’ils avaient tenté. Elle en marqua le prix.

Le manoir brûla.

On le surnomme parfois dragon. On dit qu’il garde son or.

Il maintient une réserve d’au moins mille cuivrés. Non pour s’enorgueillir, mais pour ne jamais dépendre. Le surplus, avant un vol qui le rendit plus prudent, allait à la maison de charité d’Ennen Carré Richard. Il n’en fait pas un étendard. Il considère cela comme une part normale de ses affaires.

Ses économies financent ses projets. L’éthylerie. Le Gribouill’Anain. Plus de mille pièces investies pour acquérir et maintenir ses établissements. Il préfère la lente solidité à la faveur incertaine.

Lorsqu’il devint intendant de l’Écarlate, il ne parla pas de pouvoir. Il parla d’habitants. De quartiers qui méritent davantage de vie. D’événements en préparation. Il veut que les rues respirent de nouveau, que les gens s’y croisent autrement que par nécessité.

Ses valeurs ne sont pas nombreuses, mais elles sont claires. La communauté d’abord. L’entraide ensuite. Et cette idée que l’on ne construit rien seul, même lorsque l’on paie de sa propre bourse.

Être nain à Esperia n’a pas toujours été simple. La moquerie est rapide lorsqu’elle vise ce qui dépasse ou ce qui manque. Il préfère en rire.

Un soir, alors qu’il était encore esclave, lors d’une fête organisée sur le navire de Rivelle, on le plaça dans une baliste. L’idée venait de Florian. L’assemblée suivit. On le projeta en mer sous les rires. Il raconte l’épisode sans amertume. Il se souvient du froid de l’eau et des éclats de voix. Il dit que tout le monde était pris dans l’élan du moment. Il n’en veut à personne.

Peut-être est-ce là sa force. Ne pas laisser une humiliation devenir une racine.

Aujourd’hui, il est parrain des enfants de Wilo et Quirica Brennstraet. Il affirme ne pas être très à l’aise avec les enfants. Pourtant, ils l’ont choisi. Ce choix ne s’improvise pas. Il repose sur une confiance que l’on ne distribue pas à la légère.

Igor Clairval n’est pas un homme spectaculaire. Il ne cherche pas à l’être. Il a été fermier. Il a porté des fers. Il a bâti. Il a perdu. Il a remboursé. Il a investi. Il a servi.

Dans une cité faite de flammes, d’ambitions et de chutes, Igor Clairval a choisi d’être ce qui demeure.

“La Responsabilité Publique exige du courage et de la rigueur ; l’anonymat et la calomnie n’en seront jamais les fondations”
— Igor Clairval

Cette autobiographie a été retracée et rédigée du point de vue de Duval Gauthier, Directeur de l’Académie d’Esperia et Maître Scholastique, après étude des faits, entretiens et recoupements relatifs au passé d’Igor Clairval.