Journal d'Arsénye
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Cet écrit a été rédigé par Arsénye, et se trouve sur l'ancienne Esperia, inaccessible pour le moment.
Sommaire
Journal d'Arsénye Delambre
Il y avait, sur le pavé,
Dans le triomphe du soleil,
Quelques perles de pourpre ;
Tremblantes d'arrogance vermeille.
La fierté dans leur œil,
Elles courbent le monde à leur surface
Et l'éclat du grand-jour agace
Leurs petits miroirs brisés d'orgueil.
À leur flanc, un pantin déserté
Gisant sous le feu du ciel,
Déchiré de haine, et arrondissant sa prunelle
Sur l'aube de plus grandes vérités.
La clameur de la Nuit
Par un petit soupirail elle voyait la nuit,
Dont les fraîcheurs putrides
S'insinuaient jusque dans son lit,
L'usant de leurs baisers arides.
Elle entendait la clameur des cris
Qui dehors dansait sur les pavés.
Il y avait sans doute sur le bas côté
Un maigre ruisseau alourdi
De sang ;
Accroupie sous l'ogive
Par l'immonde main de la peur,
Ses divagations avivent
Les lâchetés de ses frayeurs.
Pourtant ;
Elle avait rêvé des royaumes
D'héroïsme et de courage,
Avait bu la Justice au rivage
Des ans.
Elle avait cru tenir dans ses paumes
Les étoiles et la lune et le soleil,
Avait voulu de l'Histoire le réveil,
Longtemps.
Ne restent de ces grandeurs
Que quelques frissons qui ravagent
Ses chairs, et la violence des images ;
Amères. Il y a enfin, moqueur,
L'écho des combats — « Et pleure ! »
Les cris s'en sont allés de la clairière
Et la nuit a caché de son aile
Le fiancé encore endormi à terre,
Le fiancé de la guerre.
Sous la flamme des drapeaux,
À l'heure où le jour étincelle
Sur les mille cuirasses bombées,
Le chant joyeux des oiseaux
Donne du courage à l'épée.
Mais quand la plaine avivée a bu l'offrande
Et que le soleil s'endort dans la lande,
Le chant joyeux des oiseaux
S'obstine, rire obscène par-dessus les corps,
Obscène dans le silence de mort.
À la bataille
La forêt des lances s'était dressée sans failles.
Ils avaient marché par-delà la bataille,
Le pas sûr, l'assurance sur leur front,
Sans se douter.
Le soleil avait béni de ses rayons
Les sourires et les ardeurs.
La sueur aux joues, pleins de vigueur,
De leur famille ils faisaient le bonheur.
Ils allaient gaiement, sans se douter,
La face au vent, et la vie sur leurs pieds.
Sur le chemin, dans leur sillage,
La nature babillait,
La bise sur les champs fleurissait ;
Ils marchaient vers d'autres rivages
Sans se douter.
À la maison, une sœur,
Une épouse ou une mère,
L'attente gonflant son cœur,
Inquiète, patientait heureuse et fière,
Sans se douter.
Il y a dans ce monde
Des écueils infranchissables et immondes,
D'horribles vanités du destin
Qui se targue de ramener en son sein
La belle jeunesse ; et l'hécatombe
De la mort fait son festin.
L'homme marche toujours,
Riant aux étoiles et frémissant,
Il s'épanouit et chante à l'amour
Sans se douter que le destin,
Gentillement,
Le pousse vers la tombe.
Nous sommes revenus à la Capitale depuis quelques mois maintenant.
Je n'ai pas eu la force d'écrire.
Arthur est mort.
La guerre l'a emporté. Je ne peux supporter cette idée.
Je hais tellement cette ville, et ses luttes de pouvoir vaines.
Je voudrais seulement que notre famille soit réunie à nouveau.
Les conflits continuent. La dame du Sud a été défaite. Qui sera le prochain à se présenter aux portes de la cité ? Nous n'aspirons plus qu'au calme pour pleurer nos morts.
Je songe à partir. Arthur n'est plus, Octave est resté en Albunae.
Je suis seule avec mes parents, qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes.
J'ai honte d'être encore chez eux, à un tel âge, mais nous avons tant été bousculés par les événements…
Mais cela n'y change rien : j'ai l'impression que ma place n'est plus ici.
Les joyeux larrons
Battent, battent les larrons.
Brûlait, dans le trou au-dessous d'eux,
D'insupportables putréfactions,
Et dans mille orbites roulaient des yeux
Fous ; et dansent, dansent les larrons.
Les bêtes ! Abrutis des relents de la chair,
Rient, hurlent, étouffent sous leurs casques,
Du giron de la mort. Grégaire !
Elle chante, la garnison fantasque,
L'hymne de la Sublime Putain.
Et tournent, tournent les larrons.
C'est le combat des pantins
Grimaçant sous leurs oripeaux.
Leurs grands membres de bois brun
Coupés à coups d'épées sous les drapeaux.
Désarticulés, ils se balancent aux longs fils
De Thibault et d'Adagan ;
Poitrines lancées dans les périls,
Qui craquent, craquent dans les rangs.
Le thorax brisé par les luttes primaires,
Ils tombent dans le charnier des ornières,
Charriant les reflux de l'enfer ;
Et crèvent, crèvent les larrons.
Journal de départ
I — Je suis partie. Il m'est encore difficile d'y croire. J'ai quitté la maison cependant, sobrement, sans pompes. Ils comprendront bien assez tôt que je suis partie.
Je ne pouvais prendre le risque de leur annoncer mon départ. Je vais simplement là où je serai en sécurité. Il me faut l'anonymat d'un nouveau lieu.
C'est une nouvelle vie qui commence — du moins, je tente de m'en persuader. Je me sens bien seule.
II — J'ai perdu mon bagage. Ah, mes maigres biens ! Il ne me reste que ce carnet et ma bourse, bien cachés dans les plis de ma jupe.
Je devrais être au port demain.
III — Le bateau est trouvé, les voiles seront levées demain matin. Je prie Arbitrio pour que tout se déroule sans encombre.
IV — Nous avons levé l'ancre ! Il y avait dans l'air comme un parfum de victoire et de promesses.
V — Je suis éprouvée par le voyage et les embruns. Les remous du bateau me soulèvent l'estomac.
VI — Nous avons accosté à Fort Lointain. Mes rêves de conquête s'érodent à l'air marin.
Il est trop tard pour reculer cependant. Quel triste métier que celui d'aventurier !
VII — J'ai pris ma dernière résolution. C'est la traversée finale, enfin.
Espoirs
Par-delà les mers le vent hâbleur
Avait de son haleine éveillé ses ardeurs.
La promesse riante du destin
De ses démesures avait ravi ses entrains.
Dans les eaux du ciel le soleil chavire,
Planté haut sur le mât du navire,
Et la nuit les âmes dans la tourmente
Gisent, loin sous l'eau dormante.
C'est un cri, « Liberté ! » — il semble si près
Et le firmament, en son immensité,
Sanctifie ses aveux renouvelés.
VIII — Je vois la terre, finalement. Arbitrio me garde.
