Temps des hommes

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Introduction


Le temps des Hommes est un récit connu dans tous les Maahvitts et qui raconte comment l’humanité est devenue mortelle. A la suite d’une grande infraction causée par un homme, Svartsjö vient réclamer explication car une de ses règles fondamentales a été transgressée : “Il est interdit de sortir des Maahvitts”.

Provocateurs, impérieux, les chefs refusent d’écouter les mises en garde de leur Mère. Svartsjö, considérée comme la plus sévère, mais toujours aimante envers ses enfants, se voit être déçu et attristé du lien rompu avec ses fils et ses filles. Elle se sent reniée, tout comme ses soeurs. L’impiété est le déclencheur de ce qui est considéré chez les vaahvas comme “l’apocalypse”, à savoir un temps qui amènerait à leur disparition.

Alors que tout semble perdu, une jeune femme du nom d’Helgi tente de se lancer dans la quête de la réconciliation, entre les Hommes et les Déesses, afin d’offrir une seconde chance à l’humanité.

Les prémices du désordre


Jadis, nos ancêtres eurent le don de l’immortalité par nos Mères. Hommes, nous n’étions pas encore, mais bien des créatures des divinités, errantes pour l’éternité sur le corps de notre Grand-père. Notre existence fut un hommage pour Celles qui avaient eu la grâce de nous donner notre bien le plus précieux : La vie. Marcher, boire, manger, rire, dormir… Chaque rituel était une moindre prière. Nos Mères veillaient sur nous, vaahvas, encore enfants, si jeunes par rapport à Elles, si ignorants. Car si nos Mères savent se montrer bonnes, elles ont aussi tout de la sévérité.

Ce jour, l’un des nôtres se perdit, de corps et d’esprit, vaquant dans la nature, caressant le sol de ses pieds jusqu’à voir, plus loin, le corps de Brannsinne, si grand, si imposant. Son nom était Yolmar. Intrigué et curieux, il s’avança jusqu’à lui, touchant cette peau, goûtant ses fruits, dormant dans sa fourrure. Tout était si nouveau, mais pourtant si interdit. Son sourire s’effaçant lorsque qu’il vit, plus loin, un corbeau arrêté sur une branche, le dévisageant. Tel un enfant, il savait qu’il avait fait une bêtise. Et malheureusement pour nous tous, il énerva la plus sanguine de toute.

Honteux, il se redressa et reprit la route jusqu’à son Grand-père. Malheureux, il expliqua sa faute devant les grands chefs qui, insouciants des mères qu’ils ne voyaient guère assez, prirent la défense de Yolmar. “Nulle frontière à notre pouvoir !” scandaient-ils. Leur vanité avaient eu raison de leur foi, alors qu’une minorité implorait les chefs d’écarter leur fierté et de prier leurs Mères, ils refusèrent. L’annonce tremblait dans les cieux comme celui d’un fils qui ne voulait plus de l’amour maternelle. Ces mots glissèrent jusqu’aux oreilles de la plus sévère.

La sombre pluie tomba sur leurs édifices. Svartsjö vint à eux pour entendre leur provocation, leur témérité, eux qui, à présent, se pensaient au dessus de leur mère, tel des adolescents indisciplinés. Même si elle était connue pour sa froideur, leurs paroles eurent l’effet d’un poignard dans le cœur de la maîtresse de la mort. Sa tristesse devint colère et à ce moment, nulle forteresse ne put contenir le courroux.

La lumière de Zon disparut. Les loups de Svartsjö étaient arrivés.
Les grands chefs ne comprirent pas d’où ils venaient, invisibles d’abord, jusqu’à ce que de sombres formes noires furent assez proche de son visage. Il était trop tard. La seule forme de vie restante n’était que le cri d’agonie des êtres reniés et dévorés vivants, lentement. Ils perdirent d’abord sa tête, puis son cœur, puis son ventre…

Le lendemain, la vie avait disparu de Maahvitts.
La lumière resta caché derrière d’épais et sombres nuages.
La végétation fanait et brûlait sous un ciel grondant et crachant des éclairs.
L’eau s’enfonçait dans le sol pour ne laisser que l’aridité.
L’orage déchirait les nuages pour alimenter la colère et le feu.
A cela, des créatures surgirent, hideuses, dangereuses et sans pitié.

Maahvitts n’était plus entretenu et son corps, de plus en plus froid, était en train de mutiler ses habitants. Ainsi, les êtres des déesses découvrirent leur mortalité non pas face au temps, mais à la douleur.

D’abord, ils perdirent la tête, s’entretuant eux même.
Puis, ils perdirent le cœur en regardant leurs proches dépérir…
Enfin, le ventre qui n’eut plus le moindre aliment pour tenir leur corps en vie.

Ainsi débuta le temps des Hommes, dans l’ombre, le froid, la mort et le désespoir.
Ainsi débuta l’histoire d’Helgi.

Huiskutta


Lorsque la vie fut éteinte, les Hommes ne purent pas subsister sans elle. Leur lumière ne pouvait qu’étouffer face à tant d’obscurité. Le froid, la violence, la faim, le désespoir, le feu ou encore la folie, rien ne pouvait les épargner du terrible courroux de leurs Mères.
Les hommes et les animaux disparurent au fils des mois, sans même pouvoir connaître le repos de la Mort, Svartsjö offrant leur ultime lumière à ses loups afin qu’ils en soient torturés à jamais. Le corps de Maahvitts était à l’abandon. Les déesses avaient décidé de condamner ses habitants, devenus indignes de leur Grand-Père. Etait-ce temporaire ? Auraient-ils le droit à une nouvelle chance ? Voici les seules lueurs d’espoirs qui nourrissaient les créatures vivants encore dans ce terrible monde.

Parmi les ténèbres, une faible lumière était toujours là, Helgi.
Cette jeune femme s’était abritée dans une grotte, avec comme camarade la danse d’un minuscule feu de camp. Nul bruit, nul sourire, la pauvre avait vu sa mère mourir, puis sa propre fille. Helgi savait que sous peu, elle viendrait à les rejoindre. La folie s’était emparée de sa tête, la tristesse s’était emparée de son cœur et la faim était en train de s’emparer de son ventre. La grotte qui lui servait de refuge était remplie de souvenirs, des êtres qui étaient proches et chers à Helgi. Cachée, à l’abris du froid et des monstres, elle ne pouvait se résoudre à la survie. La faim la remit sur pieds, face aux ténèbres à l’extérieur, accrochée à l’espoir infime de trouver de quoi vivre, quelques heures de plus. La seule lumière corrompue qui pouvait l’aider à avancer était celle des flammes qui, elles aussi, dévoraient ce qu’il restait de vivant. Un pas devant l’autre, elle foula le corps de son Grand-père sans force, sa douce fourrure n’étant devenue que des cendres arides.

Les minutes furent des heures. Les pas furent des épreuves. La faim torturait sa victime et la presser à chercher, tordue par la douleur et la peur de finir dévorer.
La jeune femme s’écroula dans la poussière cendrée au sol, la joue écrasée et les yeux concentrés vers ce qu’il reste d’un arbre déshabillé et calciné. Pourtant, une flamme révéla son trésor, agrippé à une branche, si beau, si coloré. Une mûre brillait d’une teinte rouge ocre dans tant d’obscurité. La pauvre Helgi se traîna de ses dernières forces vers l’arbre, fixant sa seule chance de survie, comme si elle ne voulait pas la voir disparaître dans un mirage. Une fois à l’arbre, d’une main devant l’autre, elle se hissa jusqu’à la mûre, la toucha délicatement de ses doigts et la volant à l’arbre pour en prendre soin elle même. Son ventre lui ordonnait de la dévorer, ce qu’elle ne pu faire, face à tant de couleur, de lumière, de Vie. Elle savait que c’était surement pour elle, le dernier vestige d’un temps qui se ferme.

Un bruit sourd la sortit de ses songes et elle leva les yeux sur une forme dans les ténèbres. Le feu trahissait la venue d’un ours brun, peint de rouge. La bête se dressa fièrement devant Helgi, la jaugeant du regard, peu impressionné par la petite créature. Helgi savait que l’ours était surement dans la même situation qu’elle, que c’était elle, ou lui. Elle regarda une dernière fois la mûre avec un sourire, avant de la tendre à la bête, se soumettant. L’ours, surpris, revient sur ses pattes, avisant la mûre puis l’humaine avec curiosité.
Helgi sursauta, lorsque l’ours se mit à parler et à lui demander pourquoi elle avait décidé de lui offrir cette si précieuse mûre. La douce lui répondit que cet espoir lumineux était suffisant afin qu’elle puisse partir en paix, une dernière image positive, avant le grand voyage. Perplexe, l’ours repoussa la mûre vers la jeune femme. Il prit un instant avant de revenir sur ses deux pattes, levant le museau pour gronder vers le ciel, dans son langage de bête. Sa voix perçait l’espace et n’avait guère crainte de la concurrence de l’orage. Une fois terminé, il revint naturellement sur toutes ses pattes, puis s’installa à son aise. Puis, vint alors une lumière rouge depuis l’ombre, questionnant l’ours. Méditative, elle en dit à Helgi et la mûre.
- Espère et mange, le voyage t’attend, mais pas le dernier. Ma mûre réchauffe ton cœur comme tu as réchauffé le mien. Tu as mon pardon.
Sans trop comprendre, Helgi vit la bête reculer de quelques pas, puis disparaître avec cette lumière. Elle fit tomber ses yeux sur la mûre, puis les ferma pour la croquer à pleines dents. Son cœur se mit à battre plus vite. Elle ressentait la force, la vigueur et la jeunesse dans sa chair et ses os. La noirceur recula face à sa lumière ravivée. Helgi était à nouveau en pleine forme, vivante, peut être la dernière vie de ce monde.
D’un dernier regard, elle chercha ses sauveurs des yeux, mais ils avaient disparu. Elle se hâta alors de rejoindre sa grotte et d’en récupérer des affaires et les souvenirs des siens, afin qu’ils restent à jamais dans son cœur. Avant de partir, ce fut l’extérieur qu’elle avisa plein d’espoir et non plus l’antre de sa grotte.
Où devait-elle aller ? Elle ne le savait pas encore, mais elle comptait bien retrouver ceux qui ont su la ravivait, peu importe les flammes ou les monstres.


Vitjässä


Une fois que la force d’Helgi coula suffisamment dans ses veines et que son souffle revint à la normal, elle crut entendre des branches craquer dans l’obscurité. Les yeux attentifs, elle tenta en vain de percer les ténèbres afin d’espérer apercevoir l’ours sauveur. Il n’en était rien.
Des grognements menaçants vinrent à ses oreilles, lui laissant ressentir le danger, celui des gueules affamées des molosses de Svartsjö. La jeune femme déglutit alors, la peur s’installant dans ses tripes, puis recula de quelques pas par réflexe. Nul courage et nulle force ne pouvait attendre ces créatures invisibles à l’œil, mais pourtant si dangereuses. Helgi se sentait encerclée de plus en plus par la menace, jusqu’à ce qu’une lumière fileuse et agile sortit de la nuit et se posa à ses pieds. La douce crut entendre une voix provenant d’elle, résonnante.
- Suis moi, ou ta lumière sera dévorée.
A ces mots, l’éclat reprit son chemin pour gravir la colline. Sans attendre une seconde, Helgi emboîta le pas pour suivre à la trace la lueur pour éviter que les loups puissent l’attaquer. Il était difficile de ne pas trébucher, vaciller… Mais Helgi ne pouvait pas se perdre, sa vue étant rivée sur la lumière blanche, comme si elle était sa propre vie. Si le souffle de la douce se faisait plus difficile, plus lourd, ce n’était pas le cas de ceux des monstres qui les chassaient. La pente n’aidait à rien, rendant le périple comme une terrible épreuve, épuisant Helgi et mettant à mal ses jambes.
Une fois arrivée au sommet, la jeune femme s’effondra d’épuisement devant un chêne imposant, encore feuillu et costaud. Elle leva les yeux vers l’arbre et la lumière qui se posa délicatement sur une de ses robustes branches, clamant dans son écho. - Ferme les yeux…
Helgi obéit sans réfléchir, malgré les râles des bêtes qui s’approchaient de ses pieds. Soudain, une lueur blanche éclata au sommet de la colline, visible par la femme elle même, malgré les paupières fermées. Les monstres couinaient sous une étrange douleur, jusqu’à les faire reculer et déguerpir.
Sans trop oser, l’invitée ouvrit un œil, ce qui fut suffisant pour déceler la lumière sur sa branche, patientant sagement et bougeant sur elle même, comme en équilibre. Elle n’avait pas de visage, ni de forme, mais elle semblait regarder la créature épuisée, l’étudiant. Helgi le ressentit, puis se redressa du mieux possible pour paraître plus respectueuse de l’illumination salvatrice. Dans son écho, elle demanda.
- Qui es-tu ?
La femme se racla la gorge enrouée, répondant.
- Helgi…
L’étincelle blanche laissa un silence, comme dans une réflexion, puis réitéra.
- Ta lumière brille encore. Mais as-tu ce qu’il faut pour la garder allumer ?
Perplexe à la question, la douce s’accorda à son tour le temps de philosopher, puis dit.
- On m’a offert force et vigueur ! Je ne sais combien de temps cela dura.
Un petit rire malicieux siffla aux oreilles d’Helgi, suivi :
- La force s’éteint. Il te faut une source qui ne peut se réduire. Si tu souhaites vivre, alors tu devras te la procurer, là haut, sur la plus haute branche.
La jeune femme leva les yeux alors que la lumière vint à mettre en valeur une grande plume, coincée en haut d’une branche. Helgi remarqua alors la fragilité de cette dernière, ainsi que l’immense précipice qui l’attend une fois brisée. Elle s’exclama. - Mais, la branche va céder et me faire tomber…
Dubitative, la lumière répondit.
- L’énergie nécessaire n’est pas dans la plume. Pourtant, il te faut y aller.
Sans commentaire supplémentaire, la lueur mit fin à leur discussion, remontant plus haut dans l’arbre et se cachant derrière les feuilles. Helgi inspira pour gonfler son corps de courage, puis agrippa branche après branche pour se hisser dans l’arbre. Ses feuilles vertes charmaient la jeune femme, cela fait longtemps qu’elle n’avait pas pu admirer cette couleur. Un peu plus haut, les fruits de l’arbre se montrent timidement, de petites boules blanches et rondes parfaitement. Helgi garda ses réserves pour continuer son chemin vers la plus haute branche.
Après plusieurs minutes, elle atteignit son objectif et se permit d’analyser la faiblesse du bois au sol. Il était certain que le poids imposé par la douce ferait céder le bras de l’arbre. Son regard se perdit, à la recherche de son guide lumineux, cherchant des certitudes et du réconfort, mais rien. Elle était seule, face au défi.

Helgi s’avança, les mains tâtant la branche, la caressant comme pour la supplier de tenir. Elle ne savait pas pourquoi elle faisait ceci, mais il le fallait. Non sans peur et sous les avertissements de l’arbre, la jeune femme était presque arrivée à son objectif. Sa main s’allongea pour toucher la plume des doigts et la saisir, mais le poids fut de trop. Le bras rompit et Helgi entama sa chute dans le précipice. La peur ne put contenir les hurlements face au vide.
Subitement, Helgi fut attrapée dans le dos par une mystérieuse force. Sa chute ralentit jusqu’à ce que son corps vint à remonter puis revenir à aux racines du grand chêne. Elle avait été secouru par un grand oiseau aux ailes majestueuses, le teint gris et blanc. La femme apeurée admira son sauveur, le remerciant de mille hochement de tête, lui qui restait stoïque et humble. Elle en revint à son objectif, pour se rendre compte que la peur l’avait fait lâcher la plume qu’elle avait eu tant de mal à récupérer. Helgi s’affola de nouveau, puis l’écho de la lumière lui dit.
- La plume n’est pas importante. Tu as récupéré la force nécessaire.
Dans l’incompréhension, la femme plissa les yeux pour chercher la réponse à l’intérieur même de la lueur, jusqu’à ce que cette dernière lui répondit.
- La Foi. Tu as récupéré la Foi. Tu sauveras les tiens par la Foi. Elle est celle qui te fera gravir les montagnes, glisser sur les rivières et voler dans le ciel. Nul périple, nulle bataille, nulle aventure ne peut réussir, sans la Foi. Tu peux encore sauver les tiens si tel est ton souhait, mais tu ne pourras réussir sans la Foi.
Helgi opina, l’air convaincu, puis dit.
- Je le veux.
Heureuse, l’éclat lumineux bougea davantage, s’exclamant.
- Minithyr te guidera jusqu’à ma sœur. Tu as eu Foi en moi, j’aurais Foi en vous. Ne nous décevez plus.
Après ces mots, le noble oiseau se glissa à l’intérieur de l’arbre, faisant trembler ce dernier, jusqu’à ce que sa lumière en soit de plus en plus intense. L’obscurité du ciel se fissura pour laisser passer l’illumination de Zon.

Un chemin se dessina, une route protégée par le rayonnement. Minithyr déploya ses ailes pour venir à côté d’Helgi, s’inclinant pour lui permettre de prendre place sur son dos, ce qu’elle fit. Dès lors, il prit son envol, suivant la nouvelle voie.
La jeune femme pouvait tristement contempler le chaos sur le corps de Maahvitts, malgré le retour du soleil pour le réchauffer plus gracieusement que les flammes. Elle se sentait bien, savourant la brise du vent en hauteur et en sécurité. Helgi savait que rien n’était terminé. Son corps manquait d’eau, malgré tout l’espoir et la foi qu’on pouvait lui rendre. Elle posa sa tempe sur les plumes soyeuses de son protecteur, se laissant voyager également dans le sommeil.


Raakavann


Soudainement, Helgi ouvrit les yeux, dérangée dans son profond sommeil. Elle était allongée au sol, son regard dévoilant la tête de Minithyr qui s’assurait de sa santé. La douce se frotta les yeux, pas encore habituée à la lumière venant des cieux. Mollement, elle se redressa pour découvrir les lieux et la fin de leur vol.
Ils étaient tout à l’Est de Maahvitts, devant un océan de ronces sombres et piquantes. Helgi s’en approcha prudemment, voulant tenter la dangerosité d’une épine du doigt, mais l’oiseau l’arrêta, l’écartant de son aile. Elle comprit qu’il devait y avoir un danger certain. Cette végétation putride n’était pas celle de Raakavann, mais bien de sa sœur, Svartsjö. Impossible de savoir pourquoi la déesse ténébreuse avait décidé de faire autant de mal à sa sœur. La jeune femme se mit sur la pointe des pieds pour essayer d’apercevoir Raakavann, au delà de la mer de ronces, mais rien n’y fait, la route était bloquée.

Minithyr vint alors saisir Helgi pour voler à nouveau avec elle, la faisant passer au dessus du danger jusqu’à ce qu’elle puisse remarquer un immense gouffre, s’enfonçant dans le corps de Maahvitts. La femme pointa du doigt le trou à Minithyr pour qu’il s’en approche. L’oiseau amena la lumière du ciel pour qu’elle s’y plonge, dévoilant la profondeur abyssale. Sans demander d’avis, le majestueux suit la lumière, piquant dans le vide. Tout comme la mer, la cavité est infestée de ronce sur ses côtés. En s’approchant du fond, Helgi pouvait remarquer une lueur verte, prisonnière et étreinte derrière la sombre végétation. L’oiseau déposa Helgi au sol, sur le peu d’espace qu’elle pouvait gagner. Ne pouvant atterrir, il remonta, battant des ailes pour laisser la jeune femme face à ce qu’il restait de Raakavann, meurtrie et faible. Timidement, Helgi demanda.
- M’entendez-vous…?
- Oui, je t’entends ma fille.
Une voix s’éleva en écho, depuis la cage, faisant briller la lumière verte un peu plus, avant de l’affaiblir à nouveau. Sans savoir comment, la jeune femme répliqua.
- J’aimerais vous libérer…
- Tu ne le peux pas. Ma sœur m’a emprisonnée.
Surprise, Helgi laissa un blanc pour exprimer sa curiosité ensuite. - Que s’est-il passé ?
- Lorsque Svartsjö a voulu vous punir, je voulais vous laisser une chance… Elle n’a pas voulu de cela et nous nous sommes disputées. Les autres sœurs lui ont donné raison jusque là et elle m’a emprisonnée. Je ne peux rien faire, ma fille…
La douce ne pouvait s’empêcher de baisser les yeux, se sentant impuissante face à la situation. Avec optimiste, elle questionna sur un ton peu sûr. - Peut être que vous pouvez vous réconciliez ?
- Pas pour le moment ma fille… Je dois sortir d’ici avant.
Helgi opina du chef, levant la main comme pour la poser sur les liens douloureux de Raakavann. En retour, la déesse l’arrêta d’une voix plus forte.
- Non. Les aiguilles sont remplies de venin. Cela te paralysera en quelques temps.
- Mais je ne peux vous laisser.
- C’est ainsi, ma fille…
L’éclat vert perdit en teinte, comme ressentant la tristesse de la situation. Avec détermination plutôt que provocation, la jeune femme accrocha de ses mains la cage, avant de tirer dessus de toutes ses forces. Elle ne pu retenir sa souffrance en sentant les pointes s’enfoncer dans sa peau et le venin mettre à vif son sang. Pourtant, nulle douleur ne pouvait l’arrêter dans son élan. Malgré le tiraillement et le sang, Helgi parvient à arracher la ronce, dévoilant toute la beauté de la lumière. Cette dernière, une fois libre, gagna en couleur, brillant dans tout le gouffre. Raakavann s’exclama, d’une voix bien plus puissante :
- Libre ! Je suis libre !

L’écho fit trembler les parois et les entraves pointus de toute part. La vaillante femme était au sol, les yeux perdus vers la lumière de Vitjässä, si lointaine. De l’eau commençait à transpirer des murs, poussant la roche pour venir remplir petit à petit le fond. Le liquide dévora les ronces, les réduisant à néant. Le corps de la douce se mit à flotter, alors qu’une ombre se posait sur elle. Minithyr l’attrapa de ses griffes, délicatement, pour ensuite battre des ailes avec plus de hargne. A toute vitesse, il prit son envol pour sortir du gouffre où toutes les parois étaient en train de céder face aux afflux d’eau qui ne cessaient de remplir avec plus de hâte la cavité. Poursuivi par les flots, le noble oiseau esquiva obstacles et ronces, jusqu’à s’évader du trou et foncer vers la rive. Telle l’éruption d’un volcan, l’eau jaillit de l’antre de Raakavann, montant dans les cieux à une hauteur au delà des nuages. Une minute plus tard, c’est une lourde pluie qui vint s’abattre sur le monde, éteignant les feux, inondant les mers asséchées de ses sœurs.

Déposée au sol par son gardien, Helgi ouvrit la bouche pour hydrater son corps. Elle en ressentit un apaisement intense, ses muscles détendus et sa peau cicatrisée. Elle était soignée de ses maux et pu ouvrir les yeux de nouveau, le cœur serein.
Le faisceau d’eau se brisa après quelques minutes et le tout vint remplir la mer, dévastant les sombres ronces. Leurs carcasses passèrent d’une teinte ténébreuse à un vert plus doux, flottant sur l’eau sans menace. Minithyr regardait Raakavann reprendre ses terres de droits et y installer ses défenses d’algue autour de son foyer. Mollement, Helgi se redressa sur ses jambes pour rejoindre son compagnon, jusqu’à ce que la lumière verdoyante sortit de sa maison purifiée, glissant sur l’eau jusqu’à eux. Elle s’exclama alors.
- Merci à toi, ma fille. Tu as su me montrer les sacrifices que tu étais prête à faire pour ta Mère… Et à cela, tu me rassures d’avoir pris ta défense. Je rends au monde l’eau dont vous avez tant besoin et je purifie celle qui ne l’est plus. Qu’elle te soigne et t’apaise, autant que je le puisse.
Helgi sourit alors, jetant un œil à sa blessure qui aurait pu lui ôter la vie, puis s’inclina respectueusement. La déesse poursuivit.
- Mes sœurs peuvent être convaincues de la bonté dans votre cœur. Suis la rivière, Helgi.
La jeune femme tourna son regard vers l’eau, creusant et se faufilant à l’intérieur de terre par cette même rivière. Elle accepta, mais sortit sa gourde, la tendant à sa Mère.
- Puis-je garder avec moi de l’eau ?
- Maintenant, et jusqu’à ce que j’en décide autrement. Tu le peux.
Elle hocha de nouveau, remerciant puis vint la remplir pour le voyage. Minthyr avait fini d’exécuter l’ordre de sa maîtresse. Il adressa ses adieux à sa partenaire, avant de prendre son élan pour se retirer dans les cieux. Après avoir salué sa Mère, Helgi se mit en route, suivant la rivière pour un long voyage à nouveau.

Kalafiskur


Helgi suivit la rivière qui, avec le temps, devint fleuve. Le retour de l’eau attira d’autres créatures comme elles, des animaux comme des humains, venant boire le cadeau de Raakavann. Ensemble, ils décidèrent de faire la route et de suivre le courant en construisant un bateau. Plusieurs jours plus tard, leur projet était abouti et ils purent glisser sur les eaux à bonne vitesse. La lumière de Vitjässä les protégeait des monstres de Svartsjö, mais ils ne s’attendaient pas à faire une funeste rencontre. Les jours s’écoulèrent, et le teint du ciel fut plus grisâtre. Le peu d’oiseaux attirés par l’activité refusèrent de suivre Helgi dans sa route. La clarté de l’eau vint toucher un épais liquide noirâtre, ne dévoilant rien de son ventre. Le fleuve s’ouvrit sur une mer. Non, s’écrièrent les passagers de l’arche, c’est un lac. L’embarcation entra dans les eaux troubles, mais calmes. Leur route se poursuivit, traversant le lac en espérant pouvoir rejoindre l’autre côté avec hâte. L’odeur était putride, l’eau était plate, seulement dérangée par l’avancée du navire. Helgi sentit qu’elle n’était pas la bienvenue ici et que sa présence n’était qu’offense. Des vibrations apparurent et la tranquillité fut brisée lorsque des mains à moitié décomposées et infestées par l’encre s’accrochèrent au bateau pour le secouer.
Helgi et les autres tentèrent de les décrocher, mais leur nombre était sans limite. Tous furent tirer vers l'abîme, les uns après les autres, sous les yeux impuissants d’Helgi. Plus loin, elle pouvait apercevoir la sortie du lac infernal, mais c’était encore à quelques minutes. Les cadavres la cherchaient à son tour, tâtant le bois. Elle eut alors l’idée de s’allonger et d’imiter la morte, ne bougeant plus d’un cil. Les mains la trouvèrent, guettant ses réactions sans en trouver. La jeune femme gagnait du temps précieux. Malgré cela, les putréfiés la tirèrent, la forçant à se débattre du mieux possible, jusqu’à la faire chuter à l’eau. Ressortant la tête des ténèbres, elle imita les cadavres, tenant l’embarcation comme si c’était sa propre vie. Sa bouée se délivra de l’eau trouble pour rejoindre la sortie du fleuve, attirant Helgi avec elle, au delà des mains des morts. Elle se laissait traîner dans l’eau, épuisée et ne gardant que ses dernières forces pour tenir la barque. Le courant finit par lui faire rejoindre la rive, puis perdre conscience.

Le temps vola ses repères. Des minutes, des heures, des jours… Helgi s’éveilla sur des rochers, les muscles tendus et la peau rendue froide par l’eau. Son corps frissonna à son réveil, mais de grosses masses blanches se dressaient face à elle. Sans force, elle leva le menton et plissa les yeux pour les toiser. Des créatures blanches, sans cheveux, sans poils ni détails, si ce n’est les yeux et une grandes bouches. Elles poussèrent d’étranges cris, comme pour discuter de l’être qu’elles venaient de pêcher. Helgi glissa ses mains aux oreilles, dérangée par le bruit, sans vouloir paraître offensante. Le silence reprit son règne et la douce se redressa, les jambes tremblantes, s’enlaçant pour se défendre du froid.
Les géants se détournèrent et l’invitèrent à suivre jusqu’à la grotte où ils vivaient. Ils offrirent chaleur, nourriture et eau à profusion. L’un d’eux tenait timidement le sac d’Helgi qu’il avait pu sans doute récupérer dans l’eau. La jeune femme fut touchée du geste et lui offrit un sourire tendre avant de savourer à nouveau la tranquillité et l’apaisement de ses maux. Les locaux étaient toujours fascinés par l’eau qui s’écoulait et remplissait l’étendue infinie du Monde. On pouvait entendre leurs cris de joie proche du fleuve, ce qui n’empêchait plus la rescapée de rester dans sa quiétude.

Soudainement, à travers ses paupières, elle vit une lumière qui provenait du fond de la grotte, grise, argentée et mouvante. Craintive mais intriguée, Helgi se remit sur pieds pour pénétrer dans l’antre, attrapant son sac pour le mettre devant elle, comme si elle venait à penser qu’un monstre pourrait lui tendre une embuscade pour lui ôter sa vie. Plus elle avançait et plus la lumière s’engouffrait dans plusieurs tunnels, révélant un véritable labyrinthe. Pourtant, la lueur ne cessait pas de lui indiquer le bon chemin, jusqu’à toucher le fond.
Helgi l’admira, l’éclat argenté, qu’elle savait être la déesse de la générosité. Une voix émergea timidement vers la créature.
- Viens-tu de l’autre bout du monde…? As-tu libéré ma sœur ?
- Je… l’ai fait…
Helgi hésita malgré elle à répondre, ne sachant guère la réaction de son interlocutrice. La lumière sembla apaisée par la nouvelle, laissant un silence passer avant de reprendre. - Qui es-tu ? Je pensais que les tiens n’étaient plus.
- Je suis Helgi… On m’a recueillie ici…
- Ah… Les miens t’ont sauvée.
Étonnée de la nouvelle, Helgi inclina la tête en signe d’un remerciement sincère, puis dit.
- Merci à vous tous… J’espère pouvoir me montrer digne de votre geste.
- Tu le peux. As-tu un présent de ma sœur ?
La douce plongea dans la méditation, baissant ses yeux vers son sac pour se souvenir du contenu de son ventre.
- Je n’ai rien, si ce n’est de l’eau pour ma survie.
La lumière scintilla davantage, satisfaite, puis dit.
- J’ai soif.
Sans trop d’hésitation, la main d’Helgi se mit à la recherche de son récipient, le tendant à la déesse qui éclaira une sorte de tout petit caillou posé. La jeune femme s’en approcha et le prit entre son index et son pouce, s’exclama.
- C’est une noix ! Comment est-ce possible…
La lueur se décala ensuite sur l’eau, disant.
- Plonge la.
Helgi obéit sans faire d’histoire, puis admira la noix éclore telle une graine et ses premières racines. La déesse reprit l’attention de son hôte, lui ordonnant.
- Cours. Dehors. Vite.
Trois mots suffisent pour affoler la douce qui quitta les lieux, sans même reprendre son sac. Elle remonta la roche, tendant toujours sa gourde qu’elle sentait remuer de plus en plus. A nouveau, heureusement que la trace grise-argentée était présente pour la reconduire à la surface. Les secondes passaient et la graine compressait sa prison, jusqu’à la trouer. Helgi sauta à l’extérieur, trainant au sol, pour ensuite voir la libération de sa détenue qui s’enfonça dans le sol directement. Le silence s’en suivit, un court instant, avant que des racines, des l’herbe et les fleurs vinrent garnir le sol sur le lieu de l’enterrement. La verdure se répendirent sans limite, jusqu’à la mer, rendant fous de joies les pâles créatures qui sautèrent dans l’eau, abandonnant leur refuge. Plus lente, la déesse les rejoignit, interrompu de peu par Helgi, lui demandant.
- Je dois trouver votre sœur… Lugnaroa. Savez-vous où elle vit ?
- Ma sœur fait gronder les cieux, autant que les vôtres la font gronder. Aucune de vos voix ne l’apaisera.
Sur ces mots, Kalafiskur termina son chemin, rejoignant les siens à l’eau.


Lugnaröa


Il n’y a que la déesse la plus calme pour faire exploser les pires colères. Son existence et sa fureur se firent entendre depuis le chaos. Son grondement s’étendit dans le ciel et Helgi savait d’avance que l’apaiser ne serait point tâche facile. Le hurlement venait du Nord, au delà des grottes de Kalafiskur, derrière les montagnes.
Sur ces terres, la bénédiction de la déesse d’argent n’a pas fait son chemin. Helgi y retrouva la fraîcheur et la stérilité. Au fur et à mesure qu’elle montait, elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à sa famille disparue. Ce poids revenait petit à petit sur son cœur, le manque et l’isolement la faisant saigner goutte après goutte. C’est exténuée et sans trop de force qu’elle arriva en haut des monts. En contrebas, il y avait des plateaux, s’ouvrant sur une mer à peine visible à cause de la brume incessante. Derrière le nuage épais, les éclairs de rage de Lugnaröa se faisaient à la fois voir, puis entendre. Après une longue inspiration encourageante, Helgi reprit la route, en descente jusqu’à arriver au bord du plateau. La douce remarqua un lieu plus en hauteur, pour s’adresser à la déesse. Elle y grimpa puis éleva sa voix :
- Lugnaröa, je suis ici pour ramener ta sérénité !
L’orage gronda un grand coup et un blizzard glacial vint repousser Helgi quelques mètres en arrière, la faisant couiner de douleur et rouler son corps au sol. Elle retenta, à plusieurs reprises, de négocier avec la capricieuse, mais la réponse fut toujours la même. Kalafiskur avait-elle raison ? Aucune voix ne peut l’apaiser ?
Pendant des jours et des jours, Helgi s’installa et réfléchit pour essayer de trouver une solution, à un tel point que ses sœurs réussirent à faire passer l’eau et la fertilité jusqu’à elle, faisant hurler Lugnaröa encore plus. La jeune femme en profita, mangeant et buvant à sa faim, puis utilisa le bois pour s’abriter dans une cabane. Les jours en devinrent des semaines avec une série de tentatives et de mots sans efficacité. Helgi se hâta chaque jour pour se tailler des armes, façonner le bois, comme elle le désirait. Le calme des lieux la laissait seule avec ses pensées et ses souvenirs, sa famille. La tristesse et la mélancolie devinrent ses partenaires récurrents, empiétant sur ses réflexions. Devant les multiples échecs, le doute hanta les jours et les nuits d’Helgi.

Quelques jours plus tard, alors qu’elle se promenait dans la nouvelle forêt alentours, l’émotion la submergea, jusqu’à lui arracher les larmes. Ses jambes la lachèrent, couverte de marques des coups subis par les refus de la déesse. Helgi s’abandonna à la faiblesse pour cet instant, jusqu’à ce qu’un impoli ailé la dérangea. La douce leva le menton vers la branche d’un arbre qui avait retrouvé ses feuilles. L’oiseau cligna des yeux vers la pauvre, pour ensuite chanter, sans tenir compte de son malheur. Helgi renifla, voyant bien que la créature ne peut la comprendre.
Subitement, l’oiseau s’envola, suivi d’une centaine d’autres, en direction de la mer. Surprise et curieuse, Helgi suivit à la hâte le départ du groupe, jusqu’à arriver sur le bord du plateau. la meute tournait autour de la lumière rose, lointaine et énervée de Lugnaröa, mais la déesse ne les repoussait pas. Ils chantaient pour elle. Helgi comprit alors que ses mots ne l’apaiseront pas, mais les sons oui.
Pendant un temps, elle s’entraina à siffler, ramassa chaque objet pour essayer d’en extirper du bruit, jaugeant les réactions de la lumière à chaque fois. Les résultats furent meilleurs mais insuffisants. Alors que la jeune femme rentrait de la forêt avec du bois pour son feu, elle examina les branches qu’elle avait pu en tirer pour possiblement en faire une arme. C’est alors que l’une d’elle semblait percée à deux endroits. D’abord voyeuse, elle examina une ouverture puis souffla à l’intérieur pour en extirper un bruit qui la fit sursauter. Elle recommença, encore et encore, essaya, tailla et ouvrit un peu plus sa trouvaille pour en fabriquer une flûte. Une fois son entraînement terminé, ce fut entre l’espoir et le doute qu’elle marcha vers la montée pour tenter de convaincre Lugnaröa, une fois de plus. Helgi mit l’instrument à la bouche, puis souffla une mélodie qui fit écho dans la brume.

Le grondement devint de moins en moins imposant, pour au final, laisser place à un silence lourd, mais attentif. Le morceau touchait au but, mais aucun commentaire n’en fut fait. La douce se demandait bien si elle devait repartir, ou patienter, jusqu’à ce que la déesse se prononça.
- Tu t’es donnée tant de mal pour moi.
La voix, pourtant bien plus tranquille, n’offrait pas à Helgi l’assurance pour la sienne. Ce fut sans trop de certitude qu’elle lui répondit. - Je viens pour le pardon.
- Les vôtres, vous nous avez juré fidélité. Seule la trahison peut me sortir de ma torpeur. Vous êtes décevants.
- Nous ne le serons plus.
Le lourd silence reprit ses droits un moment, avant le jugement.
- Si chance vous devez avoir, alors vous allez devoir faire vos preuves. Nous vous avons tout offert et nous pouvons tout vous reprendre. Plus jamais vous devez nous décevoir. Tu as fait acte de Foi devant moi, fais-tu acte de fidélité ?
Helgi s’octroya quelques secondes de méditation, avec de répondre avec plus d’entrain.
- Oui.
- Il reste d’autres créatures comme toi. Il te faudra leur fidélité aussi, car voilà bien longtemps qu’ils sont perdus. Ma sœur, Sinine, les torture. Prends garde.
La jeune femme inclina la tête, puis de ses deux mains, déposa la flûte devant elle.
- Je vous l’offre, si vous l’appréciez.
Une pointe de bienveillance fut notable chez la Grandiose, lui faisant dire.
- Elle réchauffera ton corps quand la tristesse aura trop d’emprise, garde la.
La douce offrit un sourire reconnaissant, s’étant entichée de l’instrument. Poliment, elle se détourna jusqu’à son campement pour y mettre de l’ordre, puis plier bagage. Elle dédia un dernier regard vers Lugnaröa, sereine, puis au ciel qui ne grondait plus, avant de reprendre son chemin, à la rencontre de Sinine.


Sinine


Dans leur vengeance, une déesse s’est toujours montré visiblement, là où les autres ne voulaient plus parler à leurs fils. Sinine, connue pour son allégresse et sa joie de vivre, dansait dans son domaine, sans se soucier du chaos naissant. Les créatures vinrent de partout dans les Maahvitts, pour espérer avoir sa bénédiction, alors que tout s’effondrait devant leurs yeux…
A quelques lieux de Sinine, Helgi vit au loin des habitations, des camps, mais sans la moindre vie. A la fois curieuse et anxieuse de trouver des soucis, elle ne peut résister à l’envie de rencontrer des créatures comme elle. La douce s’approcha à pas de loup des structures de bois, sans que personne ne s’annonce. Le refuge sentait la puanteur de la mort, le sol abîmé par la boue noire. Il semblerait que Svartsjö leur ai rendu sa macabre visite. Même si aucun corps ne joncher le sol, on pouvait percevoir de terribles événements dans ces lieux.
Un bruit se fit entendre dans une baraque, ce qui fit sursauter la jeune femme. Craintive, elle glissa sa main à sa hanche pour y trouver un couteau taillée, puis le dégaina, sur la défensive. Le souffle court, elle s’avança tout en gardant une distance, jusqu’à ce que deux créatures sortirent de l’ombre pour sauter sur elle, tels des bêtes. Le combat était engagé et Helgi fit ce qu’elle pu pour tenir face à deux créatures affamées et enragées. Pourtant comme elle, ils agissaient comme des animaux, à la mordre et la griffer, lui volant son énergie. Soudain, un grognement lointain vinrent pétrifier de peur des deux assaillants, les glaçant sur place. Leur proie en profita pour les repousser tous les deux, puis ramper pour se frayer une échappatoire. Malgré cela, ils ne tentèrent pas de la suivre, fuyant de leur côté. La lumière du jour s’inclina de plus en plus alors que l’ambiance devenait de plus en plus ténébreuse. Helgi baissa ses yeux sur ses mains, pour voir la boue les recouvrir de plus en plus. Elle savait qu’il était déjà trop tard pour fuir, reposant son dos contre une poutre. Un hurlement de douleur éclata, proche, et elle tourna les yeux pour voir l’un de ses agresseurs au sol, devenue proie des molosses de Svartsjö. Ses bras se défendaient contre l’invisible, alors que la peau de son visage se détachait.

La jeune femme ferma les yeux, se protégeant de l’agonie, jusqu’à ce que le silence se rétablit. La rescapée se gardait dans l’ombre, alors que ses oreilles perçurent les coups des pattes sur les sol, proche d’elle. La peur la tétanisée, mais Helgi ne pouvait s’empêcher d’ouvrir les yeux, mirant au sol les traces à six griffes. Le grognement était juste en face d’elle, avec cette odeur de mort qu’elle pouvait en percevoir. Alors qu’elle s’attendait à un destin final, le monstre reprit son chemin, sans la dévorer. Il fallut bien une bonne heure avant que la douce accepta de bouger un doigt. La clarté étant réapparu, ce fut toujours terrifiée qu’elle se remit à en route, sans croiser le moindre attaquant. L’humidité et le vent de Sinine finirent par caresser le visage de la blessée, une fois que la mer dansait devant elle. La pauvre se laissa tomber au sol pour souffler et panser ses plaies, savourant enfin la tranquillité et une odeur plus saine.

Devant elle, une mer scintillante et d’un bleu charmant l’œil, volant toute l’attention des créatures alentours. Helgi se sentit apaisée avec la vue d’une eau qui lui semblait la plus belle qu’elle n’eut jamais admirée durant toute sa vie. Attirée mystérieusement, elle abandonna sac et affaires pour boiter jusqu’aux premières gouttes. Le fond était remplis de petites pierres bleus magnifiques, lui donnant cet aspect divin. Mais au delà, plus loin, il y en avait une, plus lumineuse que les autres, une pierre qui semblait être la reine de toutes. Helgi trempa ses pieds, puis ses jambes, afin de rejoindre le trésor plus loin dans la mer. La peur, la crainte, ou la douleur avaient toutes disparues. L’effort était rude, à marcher sur cette neige de cailloux bleus et de repousser l’eau. Une fois devant l’éclatante perle bleue, Helgi hésita à la toucher, la chose semblant tellement belle, mais si fragile. Une voix s’éleva dans l’étendu.
- N’est-elle pas si parfaite ?
Un petit rire taquin suivi la question, tournant autour d’Helgi qui aurait bien répondu affirmativement. La douce se contente d’admirer le joyaux des yeux, avant que la déesse reprit.
- Elle pourrait te donner énormément… Tu pourras revoir ta famille. Ne souhaites-tu pas les retrouver ?
La jeune femme déglutit à la remarque, lui faisant baisser les yeux pour la replonger dans ses souvenirs. Leurs visages étaient toujours clairs, mais tellement lointain. Elle toisa la pierre pour ce qu’elle était, une promesse d’espoir. La voix retentit encore.
- Tu pourrais repartir avec eux et vivre en paix…
Le souffle court, elle leva délicatement la main vers le trésor, les yeux envoûtés. Un instant après, elle les ferma, avant de rebaisser la main, pour répondre finalement.
- Ils seront en paix et moi aussi… Lorsque le pardon nous sera offert.
La lueur bleu se détacha du joyaux, venant devant le visage d’Helgi, comme pour l’analyser.
- Tu es étonnante ! Tu résistes à la beauté de Sinine ?
La déesse gloussa, tournant autour de son invité, toute folle.
- Si tu avais osé toucher, tu aurais fini comme les autres !
- Les autres ? Où sont-ils ?
Demanda Helgi d’une voix plus craintive.
- Tu leur marches dessus.
La douce se sentit plus mal à l’aise, en s’apercevoir que les pierres bleus ne sont que les restes damnés des plus influençables. La peur la maintient éveillée et attentive, alors que Sinine reprend.
- Tu as choisi le sort de tous, et non pas ton propre sort. Dans ces temps incertains, tous auraient se seraient choisi eux même. Tu as tout perdu, ta famille, ton foyer, pourquoi te battre ?
La jeune femme laisse un lourd silence, posant les yeux sur ses mains et se triturant les doigts, puis releva le menton pour dire.
- Pour les miens. Pour leur offrir la paix, dans la vie et dans la mort, puis pour moi afin de donner un sens à ce qu’il reste de ma vie, à ce qu’on m’a offert. Tant des nôtres ont rendu leur dernier soupire sans le vouloir. On m’a permis de vivre alors, je me dois d’honorer ce que les déesses m’offrent de plus précieux, la vie. Et je me dois de me battre pour les miens, ma famille.
La lumière fila dans les alentours, s’arrêtant quelques fois pour réfléchir, puis dit.
- Mes sœurs avaient raison sur toi. Ton cœur est pur, puisses-tu répandre cette pureté chez les tiens pour les rendre meilleur. Mais avant cela, il te faudra leur offrir un futur.
- Comment puis-je ?
L’écho se fait plus grave, répondant.
- La première déçue est la dernière à convaincre. Une barque te mènera chez elle. Sans cela, tu ne pourras jamais. Helgi inclina la tête en guise de remerciement, la discussion lui redonnant courage et détermination pour cette dernière ligne droite. A son départ, elle vit un groupe de créatures comme elle, sortis de leur cachette, s’étonnant de la revoir vivante. Ce furent les premiers à la rejoindre réellement dans sa quête, le cœur gonflé par l’espoir délivré dans ses paroles. Ils marchèrent tous vers le lac noir afin d’y trouver la plus hargneuse de toutes les déesses.


Svartsjö


A chaque pas, la lumière se détachait de plus en plus de nous. A chaque pas, l’herbe souffrait de plus en plus. Helgi et les siens s’approchaient de plus en plus de la Mer Noire, le royaume de Svartsjö, là où la déesse avait voulu l’avaler dans son étendue putride. Avant de partir, ils prirent le temps de fabriquer une barque solide et maniable, seulement pour elle, du bois qui pourrait lui permettre de résister à une armée de morts. Helgi était la première à pousser ou porter sa bouée.
La peur nouait le ventre de la jeune femme. La crainte ralentissait ses pieds au fur et à mesure que son environnement inspirait la désolation. Des yeux semblaient partout, un goût de menace sur la langue, ou alors n’était-ce que la paranoïa. Après des jours de marche, ils y arrivèrent. La boue ténébreuse s’était répandue autour du lac, tel un rempart. La douce tourna les yeux vers ses camarades de route, comprenant bien vite que les molosses gardaient et qu’ils n’étaient guère l’invité de leur mère. Elle était seule.

La courageuse déposa son sac au sol et en extirpa son unique arme, un couteau, qu’elle rangea à sa ceinture qui n’était qu’une simple corde. Ses fourrures contre le froid ne pouvaient lui être utiles, surtout pour la nage. Ainsi, Helgi n’avait conservé que le nécessaire. Après une inspiration déterminante, elle tira de toutes ses forces la barque pour la faire descendre vers le sombre royaume. Ses pieds claquèrent, une fois arrivée dans la boue noire. L’odeur l’étranglait de dégoût, sans la faire vaciller encore. La jeune femme ne se sentait pas en sécurité, toujours épiée, mais cette fois-ci par une présence plus proche, à quelques mètres. Peut être le souffle des molosses ou des corps décomposés priant encore leur mère de leur offrir la paix. Sans attendre davantage, Helgi poussa son embarcation à l’eau doucement, puis grimpa dessus. Le bois était guidé vers le centre de la mer et elle en perdit de vue la rive et les siens. Il n’y avait plus qu’elle et un désert d’eau trouble.

Son cœur se mit à battre plus vite et plus fort, comme celui d’une créature à l’entrée de la maison de la déesse de la mort, attendant son jugement, repensant à sa vie, ses méfaits, ses exploits et ses regrets. Helgi adressa une dernière prière, pour les siens, sa famille, et les déesses qui ont su croire en elle. Les secondes passèrent, puis les minutes, jusqu’à déborder sur une heure. La peur cédait à l’incompréhension. Aucun appel, aucun mot, aucune convocation de Svartsjö. Peut être ne voulait-elle pas rencontrer Helgi ? Ni même la tuer ? Sa mère avait pourtant tenté une fois, sans succès. Les minutes couraient de plus en plus et après plusieurs heures, appels et prières de la part de la jeune femme, cette dernière décida de revenir sur la rive pour s’y reposer à la nuit tombée. Cependant, si Svartsjö n’était pas décidée à lui parler, elle n’était pas décidée à la laisser partir non plus. La barque ne bougeait pas d’un pouce, en dépit de tous les efforts d’Helgi pour la déraciner des ténèbres.

Les heures défilaient et même Zon n’était plus là pour guider la prisonnière dans le temps. La soif et la faim prirent une place de plus en plus imposante dans l’embarcation, travaillant aussi sur le mental d’Helgi qui se mettait à crier, implorer, puis supplier. Rien, aucune réponse n’était offert. En même temps que son énergie, elle en perdait le courage, jusqu’à en dégainer son couteau, l’admirant comme une délivrance, ou bien une façon de rejoindre Svartsjö… Néanmoins, même dans la mort, sa mère pouvait refuser de la recevoir. Elle été condamnée à être retenue au milieu du vide. Dans un dernier râle de désespoir, Helgi frappa de son couteau sur la coque de sa barque, une larme coulant sur sa joue. Elle qui comptait supplier une dernière fois, la douce venait d’avoir sa réponse. Comme l’avait dit Sinine, jamais elle ne pourrait accéder à Svartsjö sans son embarcation, alors il lui fallait l’amener avec elle. Helgi heurta, encore et encore, et l’eau se faufila dans le fond, recouvrant le bois et le tirant. Son cœur recommença à battre sous la peur alors que son bateau s’enfonçait. La jeune femme détacha sa corde autour lui servant de ceinture et s’attacha à sa bouée, jusqu’à plonger avec elle.

Une fois dans l’ombre et sa respiration retenue, elle pu voir le Monde se retourner. Celui des vivants devint bas et celui des morts devint haut.
Le bateau perça la surface, permettant à Helgi de reprendre son souffle et de se libérer de son lien. Elle se redressa pour être assise, plissant les yeux pour voir une sorte d’immense temple noir, avec une seule lumière, celle de son centre. Soudainement, la barque se mit à flotter vers lui, mais la douce sentait des choses taper sa bouée. Elle pencha la tête vers les ténèbres pour y voir des centaines de mains putréfiées caresser son bateau, la faisant déglutir. Jamais elle ne fut sereine, seulement au débarquement. Helgi sauta sur la roche, le souffle court, mirant avec horreur les mains qui continuaient à se tendre vers elle. La voix éclata de la lumière sombre, disant distinctement et sévèrement.
- Ton cœur est léger. Te voilà ainsi. Les coeurs lourds leurs servent de repas, puis, mangent à leur tour.
Helgi frissonna à l’annonce, moins sereine, s’enlaçant d’elle même comme pour se protéger ou se rassurer. Elle détourna le visage vers les cadavres qui étaient déjà revenus dans leur tanière sous marine. Revenant à la déesse, la douce put sentir son amusement à la voir effrayer. La voix s’exclama :
- C’est l’espoir qui te mène à moi et non pas la certitude.
- J’aimerais que vous accordiez une chance à nous, vos fils et vos filles. Malgré nos erreurs et nos défauts, nous pouvons apprendre et devenir meilleur.
Les mots de la jeune femme furent assez tremblants et fragiles, craintive de son interlocutrice qui lui répondit alors.
- Mes sœurs te prennent en exemple, comme la preuve vivante que vous avez la foi, le courage et la bonté. Mais vous avez aussi la traîtrise, la malice ou encore la paresse. Vos défauts causent davantage votre perte, que vos qualités élèvent votre cœur.
- Alors, félicitez nos qualités et blâmez nos défauts. Sauvez les innocents et punissez les mauvais.
Helgi pouvait sentir un pic d’agacement dans la couleur plus sombre de la lumière, les ordres ne lui plaisaient guère, disant.
- Nous pourrons vous juger, un par un. Mais les actions des mauvais retomberont sur votre cœur, si vous osez fermer les yeux devant leurs méfaits. Nous vous avons offert la vie, un cadeau, une flamme que vous devez tous entretenir par votre Foi. - Je m’en assurerai, si vous nous laissez une chance de nous repentir.
La douce plia un genou à terre, appelant à la pitié de Svartsjö. Cette dernière n’en eut que faire. Cependant, elle apprécia la foi qui se dégageait de son hôte. La mère lisait dans les yeux de sa fille, la volonté et la foi envers elle. Son cœur plus pur que les impies qu’elle avait rencontré, parvint à adoucir sa rancœur, sa haine. D’une voix plus sereine et bienveillante, elle proclama.
- Par exemple et pour une unique fois, j’accepte le pardon. Toute créature a le droit à sa chance.
Une pointe de sévérité glissa ensuite, sur la fin de son annonce.
- Néanmoins, pour que jamais vous n’oubliez cela, vous serez punis, tous.
Helgi releva la tête à ses mots, entre espérance et terreur, l’écoutant. La voix reprit avec plus de force et détermination, transcendant le temple :
- Vous serez femmes. Vous serez hommes. En plus de la peur de la malchance, vous aurez la peur du temps. Il sera mon messager et vous conduira à moi, tôt ou tard. Personne n’échappera à mon jugement, aucun sort, aucune ruse, aucune cachette. Que ma colère s’abatte sur celui qui ose s’en priver en ne rejoignant pas les eaux, lorsque son corps n’est plus. Vos cœurs sont à nous.
La déesse marque une pause, ralentissant sa sévérité pour reprendre :
- Les cœurs pures et bons seront les bienvenues. Nous leur offrirons la paix.
Helgi soupira de soulagement, inclinant la tête davantage en signe de respect. Enfin, Svartsjö termina sur ces mots.
- Mais si vous nous décevez à nouveau, il n’y aura guère de seconde chance. Les morts sortiront des eaux et viendront pour vous. Il n’y aura nulle pitié, nulle grâce, ni pour les femmes, ni pour les hommes. Répands ma bonté. Propage mes avertissements.

La jeune femme se redressa et hocha la tête, déterminée. La lumière disparut un instant, pour prendre la forme de la défunte mère d’Helgi. La forme vint vers la mortelle, puis elle pu sentir comme une étreinte maternelle. Une voix lui susurra à l’oreille, bonne et apaisante.
- Tu as empli mon cœur d’espoir ma fille…
Les rares et tendres paroles de la sévère mère résonnait dans son cour avec grande amplitude. Helgi put sentir un baiser sur sa joue, fermant les yeux et la faisant sourire. Svartsjö lui indiqua de sa lumière, un objet aligné sur une table. A petits pas, elle aborda la relique qui n’était autre qu’une épée, faites d’une matière étrange, noire mais plus lisse que la pierre. La lumière se reflétait en elle alors qu’Helgi s’en saisit , l’admirant. Svartsjö lui dit alors.
- Qu’elle punisse. Que ceux qui ne nous écoutent pas souffrent. Et ils souffriront.
La douce garda le présent en mains délicatement, opinant avec respect face au cadeau, avant que la déesse reprenne.
- Cette pointe est mon doigt. Qu’il me soit rendu à ta mort.
- Il le sera.
Sur ces mots, l’eau s’élevait de plus en plus jusqu’à tremper les pieds, puis les jambes d’Helgi. Le souffle de la jeune femme s’accéléra sans cesse, tendue puis Svartsjö annonça finalement.
- Vous êtes pardonnés.
La tête de d’Helgi plongea dans l’obscurité avec toujours son épée en main. Son corps remonta, puis le haut devint bas et le bas devint haut. Elle et sa barque étaient revenues à la surface, éclairées par Zon qui avait désormais le droit de chauffer cette région. Accrochée au bois, Helgi se hissa dans sa bouée pour retourner sur la rive visible. Les siens l’accueillèrent avec sourire et bienveillance, alors que le cœur de tous s’alourdit, sous leur nouvelle faiblesse. Ils étaient hommes. Elles étaient femmes.
Tous œuvraient à construire, regrouper et maintenir la paix et la Foi dans les Maahvitts afin que plus jamais, notre sort soit condamné. Helgi montra à nous tous, comment, par la détermination, le courage et la foi, nous, petits êtres, nous pouvons faire de grandes choses si nous sommes prêts à tout offrir pour nos mères. C’était le commencement de notre ère, le Temps des Hommes.


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